Manolo Millares (1926-1972), "Cuadro (1)", 1960, technique mixte sur toile de jute, signée, contresignée, datée et titrée au verso, 100x81 cm
Provenance: Galerie 59, Aschaffenburg; Courty Gallery, Copenhague; Collection Bo Franzen, Stockholm; Collection Dobe, Zürich; Vente Sotheby's, Londres, 30.06.1988, lot no. 656; Vente Christie's, Londres, 29.06.1995, lot no. 29; Collection privée, Madrid; Collection privée, Suisse
Bibliographie: Alfonso de la Torre, Manolo Millares: pinturas: catálogo razonado, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid, 2004, p. 208-209, no. 175, ill.
Au verso: étiquette de la Galerie 59, Aschaffenburg, no. QÜ2; étiquette de la Courty Gallery, Copenhague, no. 928; tampon de la Collection Dobe, Zürich
Manolo Millares (1926-1972), "Cuadro (1)", 1960, technique mixte sur toile de jute, signée, contresignée, datée et titrée au verso, 100x81 cm
Provenance: Galerie 59, Aschaffenburg; Courty Gallery, Copenhague; Collection Bo Franzen, Stockholm; Collection Dobe, Zürich; Vente Sotheby's, Londres, 30.06.1988, lot no. 656; Vente Christie's, Londres, 29.06.1995, lot no. 29; Collection privée, Madrid; Collection privée, Suisse
Bibliographie: Alfonso de la Torre, Manolo Millares: pinturas: catálogo razonado, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, Madrid, 2004, p. 208-209, no. 175, ill.
Au verso: étiquette de la Galerie 59, Aschaffenburg, no. QÜ2; étiquette de la Courty Gallery, Copenhague, no. 928; tampon de la Collection Dobe, Zürich
Manolo Milares (1926-1972) - Cuadro
Réalisé en 1960, Cuadro appartient a un moment décisif dans l’œuvre de Manolo Millares. Membre fondateur du groupe El Paso en 1957, l’artiste s’impose alors comme l’une des figures majeures de l’Informel espagnol. A cette date, son langage est pleinement affirmé : la toile de jute devient le cœur même de sa recherche plastique.
Dans cette œuvre, Millares travaille la jute comme une matière vivante.
Déchirée, tendue, cousue, nouée et réparée, elle cesse d’être un simple support pour devenir une surface physique, presque corporelle. La composition repose sur de larges plages noires, des zones de toile écrue, des ouvertures béantes et une concentration centrale de plis, de cordes et de sutures. Un accent rouge, place avec retenue, renforce la tension dramatique de l’ensemble.
Cette présence matérielle donne au tableau une dimension anthropomorphe. Les déchirures évoquent des plaies, les coutures des cicatrices, les cavités une forme de corps fragmente. Millares ne représente pas directement la figure humaine ; il en suggère la vulnérabilité a travers la matière elle-même.
Cette orientation annonce les Homunculos, figures fantomatiques et décomposées qui deviendront l’un des axes majeurs de son œuvre. La force de Cuadro tient aussi a son contexte historique. Dans l’Espagne d’après-guerre, cette matière brute, blessée et recomposée porte une charge existentielle profonde. Elle évoque la violence, la mémoire traumatique et la survivance, sans jamais tomber dans l’illustration.
L’œuvre reste abstraite, mais elle est traversée par une tension humaine et historique très puissante. Son importance est enfin confirmée par son historique : publiée dans le catalogue raisonne d’Alfonso de la Torre, l’œuvre conserve au verso les étiquettes de la Galerie 59, Aschaffenburg, de la Courty Gallery, Copenhague, ainsi que le tampon de la Collection Dobe, Zurich. Passée chez Sotheby’s Londres en 1988 puis chez Christie’s Londres en 1995, elle réapparait aujourd’hui sur le marché après près de trente ans en collection privée.