Raoul Dufy (1877-1953), Composition au paniers fleuris, maquette pour une tapisserie, gravure sur bois aquarellée et lavis d'encre, monogrammée "RD", 45x23,5 cm
Raoul Dufy (1877-1953), Composition au paniers fleuris, maquette pour une tapisserie, gravure sur bois aquarellée et lavis d'encre, monogrammée "RD", 45x23,5 cm
RAOUL DUFY, PROJETS DÉCORATIFS
Grâce à sa collaboration
avec le couturier Paul Poiret,
puis la maison de soierie
Bianchini-Férier, Dufy qui sort
de sa période fauve, adapte
l’esthétique de ses gravures
sur bois. C’est d’ailleurs grâce
à l’originalité et la virtuosité
de celles-ci que Guillaume
Apollinaire lui propose, en 1910,
d’illustrer son fameux Bestiaire
de plus de 15 compositions sur
bois. Le succès est immédiat
et le couturier Paul Poiret,
remarquant le génie d’une
composition monochrome
particulièrement lumineuse,
propose à Dufy d’adapter ses
talents de graveurs au monde
de la mode. Cette collaboration avec le couturier permet à l’artiste de se
familiariser avec les contraintes chimiques et techniques de
l’impression textile, mais aussi d’en comprendre les exigences
esthétiques et fonctionnelles.
De cette courte période d’un an va naître «La Petite Usine», où le
mécénat de Poiret permettra à Dufy d'apporter une participation
significative à la redécouverte des arts décoratifs en France.
«Nous rêvions de rideaux éclatants et de robes décorées dans le
goût de Botticelli [...] Je donnais à Dufy les moyens de réaliser ses
rêves» dira Poiret des années après sa collaboration avec Dufy.
En effet, l’artiste, tout en gardant le foisonnement des motifs
hérité du XVIIIe s., introduit aussi des formes abstraites, épurées,
permettant de créer des compositions monochromes où vides et
pleins s’accordent au profit d’une image lumineuse et dynamique.
Dès les années 1911, Dufy remet en cause les frontières que la
tradition avait établies entre arts décoratifs et arts picturaux, mineurs
et majeurs. Il est sensibilisé à cette problématique notamment
grâce à sa connaissance du mouvement Arts and Crafts né en
Angleterre à la fin du XIXe s.
Les fleurs, la nature et les saisons, mises en scène par Dufy, le
rapprochent d’une redécouverte du motif oriental. Ainsi, le critique
André Warnod parlera de «poème ornemental», identifiant Dufy
comme celui qui a su redécouvrir le lyrisme des compositions qui
ornent tapis et tentures d’Orient: «Une étoffe de Dufy est un poème
composé par un peintre». Lors d’une conférence donnée en 1920
à des enseignants en arts décoratifs, Dufy qualifiera la décoration
comme «une poésie virtuelle des lignes et des couleurs», se
désignant, lui et ses collègues ornemanistes comme des «poètes
lyriques plutôt que des poètes parnassien ou romantiques».
Cette synthèse entre abstraction, tradition et lyrisme associée à
une formidable adresse d’invention caractérisent les travaux de
Dufy jusque dans les années 1940.
Bibliographie:
AaVv, Raoul Dufy, Du motif à la création, éd. Somogy, Paris, 2003
AaVv, Raoul Dufy, Tissus et créations, éd. Snoeck, Paris, 2015