Jan van Dornicke (c.1470-c.1527) ou le Maître de 1518, Présentation du Christ au temple, huile sur panneau de chêne parqueté, cadre a casetta, travail italien du XVIe s., agrandi, 61,5x47,5 cm
Bibliographie : Max J. Friedländer, "Die Antwerpener Manieristen von 1520", in: Jahrbuch der Königlich Preußischen Kunstsammlungen, vol. 36, 1915, p. 82-83, ill.; Max J. Friedländer, Die altniederlaendische Malerei, vol. 11, A.W. Sijthoff, Leiden, P. Cassirer, Berlin, 1933, p. 123, fig. 75; Max J. Friedländer, Early Netherlandish Painting, Leyden, A. W. Sijthoff, 1974, planche 76, no. 75, ill.
Provenance: Collection von Radowitz ; Collection Ludwig Loewenthal, Berlin jusqu'en 1931; Rudolph Lepke’s Kunst-Auction-Haus, Berlin, Collection Ludwig Loewenthal, du 21 au 25 novembre 1931, cat., p. 29, lot 134, ill., (attribué à "Antwerpener Manierist von 1520"); Collection Heinz Kisters, Kreuzlingen; Collection privée genevoise constituée dans les années 1980 à 1990 puis transmise par héritage
Ce tableau a été soumis à l'expertise du Cabinet Turquin qui en a rédigé la notice
Jan van Dornicke (c.1470-c.1527) ou le Maître de 1518, Présentation du Christ au temple, huile sur panneau de chêne parqueté, cadre a casetta, travail italien du XVIe s., agrandi, 61,5x47,5 cm
Bibliographie : Max J. Friedländer, "Die Antwerpener Manieristen von 1520", in: Jahrbuch der Königlich Preußischen Kunstsammlungen, vol. 36, 1915, p. 82-83, ill.; Max J. Friedländer, Die altniederlaendische Malerei, vol. 11, A.W. Sijthoff, Leiden, P. Cassirer, Berlin, 1933, p. 123, fig. 75; Max J. Friedländer, Early Netherlandish Painting, Leyden, A. W. Sijthoff, 1974, planche 76, no. 75, ill.
Provenance: Collection von Radowitz ; Collection Ludwig Loewenthal, Berlin jusqu'en 1931; Rudolph Lepke’s Kunst-Auction-Haus, Berlin, Collection Ludwig Loewenthal, du 21 au 25 novembre 1931, cat., p. 29, lot 134, ill., (attribué à "Antwerpener Manierist von 1520"); Collection Heinz Kisters, Kreuzlingen; Collection privée genevoise constituée dans les années 1980 à 1990 puis transmise par héritage
Ce tableau a été soumis à l'expertise du Cabinet Turquin qui en a rédigé la notice
Très bon état général de présentation
Très bonne planéité du panneau, présence d’une très légère fente verticale dans le tiers supérieur droit (peu visible en lumière naturelle), visible sous UV
Très bonne adhésion de la couche picturale malgré un petit soulèvement de 1 cm à gauche de la bordure supérieure sur la colonne
En lumière naturelle nous mettons pas en évidence plusieurs zones de retouches. Mais sous lumière UV, plusieurs zones de Retouches apparaissent :
–il s’agit de petites retouches éparses sur l’ensemble, peu importantes, débordantes par rapport aux réels dommages de l’œuvre (voir photo et film UV).
–De plusieurs larges plages de retouches, plus large, correspondant, probablement à des rehauts, car en lumière rasante, la matière semble présente. Il s’agit de la robe rouge du personnage de gauche (toute la partie de droite), des verts du vêtement du personnage à sa droite, d’une partie du coussin avec le bas du linge blanc, remontant verticalement jusqu’à la droite de l’église, de la fente à droite, légèrement retouché
Présence de petites usures
Présence d’une petite lacune du panneau au centre de la bordure inférieure
Usures des bordures liées à l’encadrement
Présence de salissures et de petites lacunes mineures
Présence d’une couche de vernis de restauration
Collection d’un amateur d’art genevois
Tous les lots marqués en orange dans le catalogue imprimé proviennent d'une collection privée genevoise (se reporter aux pages 178 et 206 du présent catalogue).
Cette collection a été formée dans les années 1980 puis transmise par héritage jusqu’à ce jour. Elle est principalement constituée de maîtres anciens (lots 24,25,2685 à 2696,2708,2716,2731,2733 à 2735) et de sculptures d’art sacré des XIVe au XVIe siècles (lots 2437 à 2443).
Jan van Dornicke (c.1470-c.1527) ou le Maître de 1518, Présentation du Christ au temple
Nous entrons dans cette œuvre comme on franchit le seuil d’un sanctuaire. Tout est construit pour attirer l’œil vers la scène centrale, où se joue un épisode majeur de l’enfance du Christ : la Présentation au Temple. Mais loin d’un récit figé, ce tableau nous livre une véritable scène vivante, riche de personnages, de regards et de détails, dans la grande tradition flamande du début du XVIe siècle.
La composition est dense, structurée verticalement par deux hautes colonnes rouges encadrant un espace sacré, et horizontalement par un groupe de personnages resserrés autour de l’Enfant Jésus. Ce dernier, au centre, nu et exposé, est tenu délicatement par un grand prêtre en habits liturgiques richement décorés. La blancheur éclatante du tissu qui l’entoure guide le regard et souligne la pureté du Christ, contrastant avec les rouges profonds et les ors du vêtement sacerdotal.
Le prêtre, probablement Siméon, figure centrale, bénit l’enfant d’un geste mesuré, tandis que son visage exprime à la fois la gravité du moment et une forme d’extase spirituelle. Son regard, baissé, indique la solennité de son rôle. Derrière lui, un homme coiffé d’un turban observe la scène avec attention, indice des influences orientales fréquentes dans la peinture flamande pour évoquer l’Ancien Testament.
À gauche, un groupe d’hommes au visage marqué, aux gestes expressifs, forment une véritable galerie de réactions. Certains sont absorbés dans une lecture symbolique (l’homme au livre fermé), d’autres semblent discuter ou commenter l’événement (l’homme au capuchon rouge glissant sur son épaule). La variété des visages (rides, calvities, regards froncés, barbes foisonnantes) reflète à la fois une maîtrise du portrait individualisé et une volonté de rendre les réactions humaines face au divin.
Le tableau devient alors un petit théâtre moral et religieux, où se mêlent l’adoration, la curiosité, et peut-être le scepticisme.
Sur l’autel en pierre blanche, un somptueux tissu brodé d’or, aux motifs floraux raffinés, est étalé avec une précision presque tactile. Le rendu des brocarts, des fourrures, des tissus empesés ou soyeux témoigne de l’obsession flamande pour la matérialité du monde.
En arrière-plan, à travers l’ouverture du temple, une ville gothique miniature apparaît. Ce décor, bien qu'anachronique, situe la scène dans l’univers quotidien du spectateur du XVIe siècle : une stratégie efficace pour rapprocher le sacré du réel, et faire de ce moment biblique un instant contemporain.
Cette Présentation au Temple est une œuvre emblématique de Jan van Dornicke, actif à Anvers, centre majeur de la production artistique du Nord. Par son style structuré, ses visages expressifs, son goût pour la narration animée et les costumes foisonnants, Dornicke incarne l’école dite du Maître de 1518. Ce tableau illustre parfaitement ce moment-charnière où la tradition gothique, encore présente dans les architectures et l’agencement frontal, se mêle aux ambitions humanistes de la Renaissance.
Exceptionnelle par la densité de sa composition, par l’intensité psychologique de ses figures et par la qualité de ses détails, cette œuvre n’est pas seulement une scène religieuse : elle est un document sur la culture visuelle, les codes religieux et l’univers mental de l’Europe du Nord au début du XVIe siècle.