COCTEAU (Jean). Réponse à Léon Davico. Manuscrit écrit à l'encre bleue et composé de 12 pages, daté du 10 mars 1959. On joint l'enveloppe en recommandé écrite de la main de l'artiste: Cocteau écrit à Léon Davico, journaliste à cette époque, depuis l'Engadine (Suvrettahaus à Saint Moritz). Très beau texte écrit avec sincérité, parlant de la poésie et du rôle de l'art dans la société, en réponse à quatre questions posées par Davico. En introduction, Cocteau écrit "n'en avoir jamais écrit aussi long à personne" et demande donc à Davido de faire "taper ce texte avec soin [...] Il est possible que je vous fasse la surprise de l'imprimer dans mon oeuvre complète". La réponse à la première question est un court texte sur ce que représente la posésie pour le poète: "j'envisage la poésie comme un sacerdoce et ni le mot occupation, ni le mot plaisir ne conviennent". Pour lui , la poésie est une "mission", non un jeu littéraire: "les gens ont tendance à confondre n'importe quel objet et n'importe quel spectacle "poétique" ou "pittoresque" avec la gravité d'oracle qui est notre mission". A la deuxième question, Cocteau répond que sa "phosphorescence [...] que les gens ont continué d'appeler la gloire [...] résulte d'un effort à chaque seconde, d'une obéissance passive aux ordres intérieurs, d'une longue torture, bref d'une culture morale analogue à la culture physique" et que les "oeuvres ne sont que la sueur qui résulte de ces exercices". En réponse à la troisième question, Cocteau évoque l'orgueil, le matérialisme et la concupiscence de l'Homme: "L'homme est orgueilleux et n'aime pas à comprendre qu'il ne joue aucun rôle dans un drame dont il se croit la vedette". "Plus la technique progresse, plus l'âme déprogresse". Il parle également d'un art nouveau qui doit sortir de la "conspiration du bruit" (l'artiste "crève sous la douche des projecteurs, de la publicité, de la course aux prix") par le silence: "un chef d'oeuvre est un silence" La réponse à la quatrième question est une sorte de conclusion: "Les choix, les listes, les palmarès sont atroces et je m’y refuse. Si on pouvait voir un palmarès d’il y a 100 ans ou 50 ans (si cela en avait été la mode) on aurait honte, on n’y trouverait aucun des noms qui empêchent la terre de se déshonorer complètement"
COCTEAU (Jean). Réponse à Léon Davico. Manuscrit écrit à l'encre bleue et composé de 12 pages, daté du 10 mars 1959. On joint l'enveloppe en recommandé écrite de la main de l'artiste: Cocteau écrit à Léon Davico, journaliste à cette époque, depuis l'Engadine (Suvrettahaus à Saint Moritz). Très beau texte écrit avec sincérité, parlant de la poésie et du rôle de l'art dans la société, en réponse à quatre questions posées par Davico.
En introduction, Cocteau écrit "n'en avoir jamais écrit aussi long à personne" et demande donc à Davido de faire "taper ce texte avec soin [...] Il est possible que je vous fasse la surprise de l'imprimer dans mon oeuvre complète".
La réponse à la première question est un court texte sur ce que représente la posésie pour le poète: "j'envisage la poésie comme un sacerdoce et ni le mot occupation, ni le mot plaisir ne conviennent". Pour lui , la poésie est une "mission", non un jeu littéraire: "les gens ont tendance à confondre n'importe quel objet et n'importe quel spectacle "poétique" ou "pittoresque" avec la gravité d'oracle qui est notre mission".
A la deuxième question, Cocteau répond que sa "phosphorescence [...] que les gens ont continué d'appeler la gloire [...] résulte d'un effort à chaque seconde, d'une obéissance passive aux ordres intérieurs, d'une longue torture, bref d'une culture morale analogue à la culture physique" et que les "oeuvres ne sont que la sueur qui résulte de ces exercices".
En réponse à la troisième question, Cocteau évoque l'orgueil, le matérialisme et la concupiscence de l'Homme: "L'homme est orgueilleux et n'aime pas à comprendre qu'il ne joue aucun rôle dans un drame dont il se croit la vedette". "Plus la technique progresse, plus l'âme déprogresse". Il parle également d'un art nouveau qui doit sortir de la "conspiration du bruit" (l'artiste "crève sous la douche des projecteurs, de la publicité, de la course aux prix") par le silence: "un chef d'oeuvre est un silence"
La réponse à la quatrième question est une sorte de conclusion: "Les
choix, les listes, les palmarès sont
atroces et je m’y refuse. Si on pouvait voir un palmarès d’il y a 100
ans ou 50 ans (si cela en avait été la mode) on aurait honte, on n’y
trouverait aucun des noms qui empêchent la terre de se déshonorer complètement"