Tableaux et Sculptures : Mercredi 6 décembre

Christophe Huet (1700-1759), Chinoiseries, 3 huiles sur toiles montées en paravent d'époque Louis XV, 166,5x45,5 cm (panneaux latéraux) et 166,5x61,5 cm (panneau central)

Lot 4506
Estimation
CHF 5 000 - 8,000
Adjugé(hors frais)
CHF 4 000

Descriptif

Christophe Huet (1700-1759), Chinoiseries, 3 huiles sur toiles montées en paravent d'époque Louis XV, 166,5x45,5 cm (panneaux latéraux) et 166,5x61,5 cm (panneau central)

Complément d’informations
icone

Christophe Huet (1700-1759)

​Ce paravent à trois feuilles est issu du remontage de trois toiles peintes à l’huile sur fond blanc, sans doute originellement conçues pour garnir des lambris. Les sujets figuratifs, le réseau ornemental et la manière picturale sont caractéristiques de l’œuvre de peinture décorative de l’ornemaniste Christophe Huet (1700-1759), telle qu’apposée vers le milieu du 18e siècle sur des lambris de maisons de plaisance de l’Ile de France.

Certains panneaux étaient peints sur bois, notamment dans le cas de lambris préexistants auxquels l’artiste devait s’adapter (château de Champs-sur-Marne). D’autres peints sur toile en atelier étaient susceptibles d’intégration aisée sur place dans des boiseries neuves, avec quelques compléments en corniche et liaisons ornementales sur les parcloses, méthode limitant considérablement la durée des chantiers. Le nombre des panneaux était variable, ainsi que leur largeur, évitant toute uniformité. Par leurs dimensions (hauteur de toile 165,5 cm), ces trois feuilles pourraient correspondre au registre médian d’un lambris, et sont probablement issues d’une suite de 4 à 6 panneaux, voire plus. Dès l’avènement du goût néo-classique, ces décors rocaille se sont démodés et ont été remplacés, et certains châteaux ont été détruits ou dépouillés de leurs lambris, au 19e ou au début du 20e siècle. C’est dans ce contexte que certaines toiles peintes ont pu être récupérées, et remontées à destination mobilière.

En regard de la durée de carrière de l’artiste, ses œuvres décoratives subsistant in situ sont extrêmement rares. Des rapprochements peuvent être faits avec les douze panneaux du « cabinet des singes » de l’hôtel de Rohan à Paris (1751, Archives nationales), avec les quatre longs panneaux peints sur toile du musée de Birmingham (USA), provenant du château d’Ognon-en-Valois (Oise), certains panneaux du salon chinois du château de Champs-sur-Marne (1747). Ces compositions relèvent de la turquerie ou de la chinoiserie, voire d’un mélange des deux, image d’un Orient de fantaisie souvent pimenté par la singerie dont Huet était devenu le promoteur, avec la publication du recueil de dessins intitulé Singeries ou Différentes actions de la vie humaine représentées par des singes, gravé par Guélard en 1743. Cette appropriation ludique du goût chinois en faveur depuis le début du siècle est emblématique de la démarche de Christophe Huet. Elle lui permet un traitement renouvelé des sujets traditionnels de scènes pastorales et de jeux de plein-air, que cette touche de merveilleux oriental transforme en petites fêtes galantes empreintes d’une gaîté sans réserve.

Dans le cas d’un lambris médian originel, on avait à hauteur des yeux les saynètes représentées

sur le paravent :

- Le tir à l’oiseau, sur la feuille centrale, par des chasseurs en costume tartare, l’un des divertissements les plus repris (notamment à l’hôtel de Rohan et à Champs-sur-Marne)

- Le mât horizontal ou la chandelle, feuille de gauche, se retrouve à l’hôtel de Rohan de manière plus fournie (personnages, bâtiment, moutons)

- Les bulles de savon, feuille de droite Récurrents aussi, les petits enfants chinois au crâne rasé dont ne dépasse qu’une seule mèche, ainsi que, sur les panneaux les plus larges, des cartouches inférieurs renfermant une scène traitée en camaïeu : la jeune fille au panier qui complète ainsi le thème champêtre sur la feuille centrale se retrouve à l’identique sur l’un des plus larges panneaux de l’hôtel de Rohan. Elle est accompagnée par deux singes facétieux en vis-à-vis, qui incarnent eux aussi les loisirs, le jeu de colin-maillard pour celui aux yeux bandés, tandis que son compère en vis-à-vis souffle dans une corne de chasse (à Rohan, il est muni d’une sarbacane). Les saynètes des deux feuilles latérales du paravent réunissent des figures féminines et des

enfants chinoisés, images d’élégance et de tendresse mêlées évocatrices d’un petit cabinet féminin.

Tous ces panneaux associent une scène narrative sur fond paysagé, à une composition d’arabesques très développée, très caractéristique de la manière virtuose de Huet. On remarque sur les ornements du paravent de fins rehauts d’or qui illuminent toute la composition, comme à Rohan.

Ces reprises constantes de l’un à l’autre décor témoignent de la mise au point d’un répertoire de motifs, figures et ornements, permettant une exploitation du thème déclinée avec de multiples variations.

On sait que Christophe Huet employait à cet effet des collaborateurs spécialisés, eux aussi membres de l’académie de Saint-Luc. Les nombreuses similitudes entre les feuilles de ce paravent et les panneaux du cabinet des singes de l’hôtel de Rohan nous amènent à situer ce décor dans une période proche, ca 1745-1750.

Nous remercions Madame Marie-Christine Anselm pour la rédaction de cette notice

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